C’est pour tous ceux qui ont récemment tapé « Quel est le but de ma vie » sur Internet, puis ont brusquement réalisé que le but de leur vie était sur Internet.

T’as saisi? Le but de leur vie. Sur Internet. Parce qu’en fait quand tu tapes quel est le but de ma v

Bref.

C’est pour tous les stalkers. Les scrollers, retweeteurs de compliments sans en avoir l’air, les jeunes entrepreneurs haïs pour tant de talent, les créatifs torturés depuis le tréfonds de leur âme, ceux qui se connectent l’esprit empli de paix et repartent en se demandant pourquoi les gens sont devenus bêtes  comme ça, tous les uns qui ont classé des autres dans l’une ou l’autre de ces catégories, oubliant tragiquement l’un des principes fondamentaux de l’histoire de l’humanité:

 

C’est celui qui dit qui est.

 

Hello Dawners, this is Messy on a silent beat. Comme des traces de nostalgie au bout de ces doigts, au moment de rependre ce stylo laissé en grève depuis presque six mois. C’est qu’en ces temps troublés où tout va tellement vite qu’on peut déjà lire la revue d’un livre une semaine avant sa date de sortie officielle, j’ai l’impression que plus personne, ou presque, ne pense à se poser deux  secondes pour contempler le spectacle par-dessus son épaule.

 

Shout Out That Gone Too Soon 2015

 

Une année qui s’est ouverte sur une crise identitaire nationale et s’est clôturée avec un enfant tellement cool qu’il a filé des maux de têtes à tous les réalisateurs de clips hip-hop du pays.

 

Une année qui a vu le retour en force d’une institution fièrement dévouée à la créativité locale. Même s’il continue, pour des raisons qui m’échappent encore, d’être boudé par le public, le Centre Culturel camerounais aura tout de même été le théâtre de quelques spectacles d’anthologie rien que pour sa première année d’exercice.

2015 has been the year of contenders confidently walking into the game.

Le public n’aura même pas fini de s’accorder sur la légitimité ou non d’un Stanley en tant qu’artiste que tout un bataillon de One Song Men envahissait l’industrie.

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(Credit photo : MTN Cameroon)

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(Crédit Photo : Franko Officiel )

Okay, peut-être que j’exagère un peu en disant tout un bataillon.

Mais jamais deux sans trois !

 

Est-ce mon seul regard sur ce secteur qui a changé ou les problématiques reliées à la culture urbaine évoluent à un rythme qui nous fait oublier de quoi nous sommes partis?

Je repense à ces after scènes endiablés de l’époque bénie du CCF Yaoundé, où on devait nous chasser en éteignant les lumières tellement les divers étaient sucrés. Sortir du pays ressemblait à une consécration pour ces artistes qu’on adulait, nous n’étions qu’une poignée à scander leur noms et le devenir du produit  culturel  face à la piraterie était au centre des débats. En 2015, le même artiste dont l’album a été leaké par ses propres ex fans le jour de sa sortie remporte l’Award officieux du rappeur le plus prolifique du pays avec 25 tracks en moins d’un an.

Le milieu de l’édition camerounaise se meurt pleurnichaient-ils, Joelle Ebongue braque un phare sur l’auto-édition avec la sortie du Tome 2 de La Vie d’Ebene Duta. Un collectif d’illustrateurs les plus barrés du pays remportent le pari d’une sixième édition réussie du Mboa BD Festival  avec -entre autres- l’inclusion d’une foire à projets et le premier concours de Cosplay jamais organisé au Cameroun, tiens. Les salles de cinéma qu’aucun ministère n’avait réussi à rehabiliter jusque la se jumellent sur l’asphalte de la Maison du Parti(Bonanjo) pour la première du Ciné Out 237, et à l’heure où je rédige finalement ces lignes, de nouveaux visages s’y sont donné rendez-vous  pour une deuxième édition.

MBOA BD Fest

( Crédit Photo : MBOA BD Festival )

 

2015 a été une année difficile, traumatisante, une année de drames personnels, de conflits politiques, de maladies et de phénomènes qu’on peine encore à expliquer aux générations qui viennent après nous. Mais 2015 a aussi vu les mythiques Têtes Brulées passer dignement le flambeau à deux membres du groupe Kalbass lors de la scène la plus explosive du Douala Hip-Hop festival. 2015 a demontré que le Cameroun n’a musicalement rien à envier à qui que ce soit avec le volume 3 de la Mboa Tape, 2015 a démontré que le Cameroun n’a culturellement rien à envier à quiconque avec une bonne centaine d’initiatives démarrées, qui n’attendaient que le public pour être saluées à leur juste valeur.

 

Et voici que nous sommes déjà en 2016.

Les likes et les shares se multiplient, mais combien sommes-nous à considérer chacun de ces contenus publiés comme des preuves indéniables d’une communauté en marche perpétuelle vers son succès?

 

C’est pour ce chroniqueur radio que je croise à la sortie du Kolatier et qui me dit d’une voix pleine de fatigue qu’il s’en va bosser ailleurs, comprenez traquer des exclusivités dans une soirée Hip-Hop à une heure où il aimerait pourtant être chez lui. C’est pour tous ces artistes qui n’ont plus honte, ou peur, de se présenter aux yeux de la société comme des artistes, peu importe la difficulté de leur combat quotidien ou le désinterêt manifeste de potentiels investisseurs pour leurs oeuvres. C’est pour les beatmakers, les metteurs en scènes, directeurs artistiques, accompagnateurs, qui ont des CV qui feraient pâlir leurs futurs recruteurs mais qui acceptent humblement de rester en retrait pour sublimer le travail de ceux en qui ils croient. C’est pour The Camerounist, qu’on espère voir revenir un jour sous une forme ou une autre. C’est pour  tous ceux qui enchainnent des nuits blanches pour des tâches que d’aucuns trouveraient futiles, pour tous ceux  qui lancent des projets et se battent contre des voix décourageantes, c’est pour les lecteurs et sympathisants lointains ou actifs de la cause culturelle camerounaise, pour tous ceux et celles qui m’ont donné la motivation nécessaire pour continuer d’écrire à un moment où je commençais à oublier ce que j’étais venue faire dans ce secteur exactement. La culture urbaine camerounaise a des histoires magnifiques à livrer, et même si l’accouchement a été difficile, entre deux RDV infructueux et des séances de plaintes sur le manque d’adhésion du public, nous sommes fiers d’annoncer que nous sommes là, carnets en main, pour un game qui s’intensifie et ne s’arrête plus de produire des raisons de fierté.

Culture is the Purpose.

 

 

A Story By Messy Dawn. 

Showing 7 comments
  • Guy Ella
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    Génial !!! Bien(re)venue Killjoy.

  • Kos
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    Bon fravail trop cool

  • Hugo Mbeng
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    J aime bien la chronique cool kiljoy

  • Monique
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    Ça m’a manqué de te lire! Ne disparais plus comme ça ! <3

  • Yves Mak
    Répondre

    :)

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